Ananas sur la pizza : crime ou délice ?

Le débat le plus international de la cuisine.

Crime
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Délice
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Tout neuf

Les arguments de chaque camp

🚨 Crime

Le sucre n’a rien à faire sur une pizza, et une partie de l’Italie considère l’affaire comme close depuis longtemps.

🍍 Délice

Sucré-salé assumé, immense succès populaire, et une recette qui n’a jamais prétendu être italienne.

Ce que disent les chiffres

Personne n’a encore voté : ce débat vient tout juste d’ouvrir, et la première voix donnée sera la première ligne de son histoire.

Elle n’est ni hawaïenne, ni italienne : elle est canadienne

Le premier fait à poser, parce qu’il désamorce la moitié des disputes : la pizza à l’ananas n’a jamais été inventée en Italie, ni à Hawaï. Elle naît en 1962 à Chatham, une petite ville de l’Ontario, au Canada, dans le restaurant d’un immigré grec nommé Sam Panopoulos. Il ouvre une boîte d’ananas en conserve, en pose sur une pizza pour voir, et donne au résultat le nom de la marque de conserve : Hawaiian. L’homme est mort en 2017, largement conscient d’avoir déclenché quelque chose qui le dépassait.

Cela règle un argument souvent avancé — « ce n’est pas une vraie pizza italienne ». C’est exact, et cela n’a jamais été prétendu. Reprocher à la hawaïenne de ne pas être napolitaine revient à reprocher au couscous royal de ne pas être un tajine.

Février 2017 : un président s’en mêle

Interrogé par des lycéens, le président islandais Guðni Th. Jóhannesson déclare que s’il en avait le pouvoir, il interdirait l’ananas sur les pizzas. La phrase fait le tour du monde en deux jours. Il publie ensuite une mise au point d’une sobriété remarquable : il n’a pas ce pouvoir, ne le souhaite pas, et rappelle qu’un président ne devrait pas décider de ce que les gens mettent sur leur pizza. Cet épisode reste le meilleur résumé du sujet : tout le monde a un avis très ferme, et personne ne prétend sérieusement qu’il faudrait légiférer.

Pourquoi ça marche, chimiquement

L’association qui scandalise n’a rien d’aberrant sur le plan du goût. L’ananas apporte du sucre et de l’acidité, deux choses qui contrastent avec le gras du fromage et le sel de la charcuterie — le même mécanisme, exactement, qui fait fonctionner le melon-jambon, le porc à l’ananas des cuisines d’Asie du Sud-Est ou la sauce aigre-douce. Ceux qui refusent l’ananas sur une pizza acceptent presque tous l’un de ces trois plats. Ce n’est donc pas le sucré-salé qui les dérange : c’est le sucré-salé à cet endroit-là.

Un débat qui ne se répartit pas comme on croit

C’est le seul match de ce site où le clivage n’a rien de géographique évident. On trouve des partisans convaincus dans des pays qui n’ont aucune tradition commune, et l’Italie elle-même est moins unanime que sa réputation ne le laisse penser. C’est précisément ce qui en fait le bon terrain de comparaison internationale : quand assez de voix auront été exprimées, l’encart « ton pays vs le monde » de cette page dira si votre pays est aussi tranché que vous le croyez.

Une chose est sûre : de tous les débats ouverts ici, c’est celui où le camp du crime crie le plus fort, et celui où le camp du délice vote le plus discrètement. La question est de savoir lequel des deux comportements pèse le plus dans un compteur.

Sources : entretiens de Sam Panopoulos à la presse canadienne (CBC, 2015-2017) ; déclaration et mise au point du président islandais, février 2017.